Charles Louis Collin-Mézin
Durant toutes ces années de succès, son fils Charles Louis,  né à Ambroise le 25 octobre 1870, demeure à Mirecourt. Les recensements s’effectuant tous les 5 ans, on le suit enfant quai Barbacane, chez sa grand-mère MEZIN ; Adolescent rue de l’hôtel de ville (il est dit luthier à 16 ans en 1886) ; jeune homme en 96, (déjà rue Germini). On le retrouve à son mariage le 31 septembre 1898, avec Madeleine BASTIAN, fille d’un marchand de mode du Luxembourg, et encore au décès de sa grand-mère nourricière en 1901.

Revenons à son mariage. Les témoins en sont Paul Alexandre MANGENOT, et Paul Victor LORANGE, ouvrier du précédent en cette année 1896. On peut penser que Charles Louis travaille cette année-là avec Paul MANGENOT de qui il semble très proche, et qui je le rappelle est un ancien ouvrier de son père.
Quand travaille-t-il avec son père ?. Albert JACQUOT dit qu’il voyagea beaucoup. Quand va-t-il aux USA ? De toute façon, peu de temps, et c’est peut-être là la clef du manque de continuité dans le travail de cette famille.
En 1901, il s’installe à Mirecourt, fort d’un prix de collaborateur de son père à l’exposition universelle de 1900. Jacquot écrit : «Il eut, dès ses premiers débuts, des aptitudes particulières pour la lutherie et contribua pour une large part aux Expositions universelles de 1889 et de 1900. Les instruments exposés à Paris en 1900 furent construits par lui-même, son père s'étant spécialisé dans la pratique des vernis. On peut dire que le Grand Prix obtenu par cette maison revient en partie à M. Collin-Mézin fils, pour l'excellente fabrication et la coupe heureuse de ses instruments. ».
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de 1906.En tous cas, à partir de 1906, la maison COLLIN-MEZIN est indiquée dans les annuaires soit exclusivement à Mirecourt, soit à Mirecourt et Paris, mais on stipule qu’il faut passer les commandes à l’adresse de la cité vosgienne. Personnellement, même si l’on rencontre des instruments de Charles Jean-Baptiste postérieurs à 1901 (1903 par exemple), je pense que celui-ci fut précurseur de la retraite à 60 ans. Son fils hérite de ses modèles qu’il utilise de 1901 au décès de son père en 1923 à Paris. Le vernis des débuts, s’il est proche, n’est pas si dense en couleur, et l’usure y est moins heureuse que celle de Charles Jean-Baptiste.
Charles Louis est  nommé officier d'Académie en 1911 et membre de la Chambre de Commerce. Ce doit être une très forte personnalité, au travers de son activité, et de ses publicités, où il ne s’embarrasse guère de scrupules. (Il est maître luthier expert,  son vernis est celui des anciens maîtres de Crémone, les bois ont 200 à 300 ans, les épaisseurs sont au 1/10000ème , etc. etc.)

     Le catalogue de 1912 fait totalement l’amalgame entre Charles Louis et son père pour les récompenses obtenues et les attestations d’artistes. Mais surtout apparaissent sur la couverture deux médailles d’or, Paris 1878 (en plus de la médaille d’argent obtenue par le père), et Paris 1879, alors qu’il n’y eut pas d’exposition nationale ou universelle cette année-là ?. Un examen des médailles à la loupe indique pour celle de 78 « expo des sciences appliquées et de l’industrie », et pour celle de 79 « encouragement aux industries agricoles ». On comprend que son père ne l’ait pas utilisée pour sa publicité !.

Cette même année 1912, il envoie un tel curriculum vitae à JACQUOT que celui-ci écrit dans sa notice :  « D'après le présent travail, il est aisé de voir que cette famille est fort ancienne dans la pratique de la lutherie en Lorraine, et le dernier fils de M. Charles Collin-Mézin montre déjà des dispositions pour cet art, ce qui fait augurer que cette tradition est loin de vouloir disparaître » hors le petit Charles Jean-Baptiste Léon, qu’on appellera Charley et qui montre déjà des dispositions a… deux ans.
L’expansion de l’atelier mirecurtien est rapide :
En 1906, il compte 5 personnes :
Louis et Emile BERTRAND, deux frères, Charles BOULANGER et Emile FREBINET, sous la direction de Charles COLLIN MEZIN, 36 ans
En 1911 : 7 personnes :
Victor et André AUDINOT (pas de la même famille), Albert BAUBILLIER qui travaillera ensuite chez Léon BERNARDEL,  toujours Emile BERTRAND, Georges LOTTE sous la direction de Charles COLLIN MEZIN, avec Marie, sa sœur aînée, dite Luthier, et Charles-Emile HEL, jardinier.
Deux ans plus tard en 1913, l’atelier aura comme apprenti André François CONE, qui obtient le 3e  prix jeune au concours d’apprenti, et 100 francs de prime.
En 1921, l’atelier se relève de la guerre. Nous trouvons Eugène BOULANGER, Paul CHIPOT, fils de CHIPOT-VUILLAUME qui s’installera à Vendôme, Georges LOTTE, cité en 1911, Marie et Charles COLLIN.
En 1926 : 8 personnes :
Paul AUDINOT, Jules-François EULRY, marié à une fille de CHIPOT-VUILLAUME, et leurs deux fils, René-Henry et Charles-François, toujours Georges LOTTE, qui pointera au chômage la même année et partira chez LABERTE , Marie COLLIN, Charles COLLIN MEZIN et son fils, lui aussi prénommé Charles.
En 1931 : 8 personnes :
Les Charles COLLIN MEZIN père et fils, Jules-François EULRY, contremaître qui restera jusqu’en 1953 et faisait 2 violons ou 1 violoncelle par semaine ; ses fils René-Henry et Charles-François, Ernest-Féréol JEANDEL, Jean LARCHER, (qui a épousé le 30 mai 1925 Marie Louise, fille cadette de Charles Louis) et bien sûr Georges LOTTE.
L’atelier aurait compté jusqu’à une quinzaine de personnes, mais y compris je pense les ouvriers à domicile. 
Entre 1926 et 1931, Jean LARCHER, ingénieur de formation, initié par son beau-père au métier de luthier, prend progressivement la direction de l’atelier. Cela permet à Charles Louis de voyager, de jouer les représentants de sa maison, tant en France qu’à l’étranger. (Amérique en particulier)
En 1927, Charles Louis marie sa fille aînée Anne Marie Thérèse à Louis désiré JEANDEL, fabricant de chevalets.
Cet atelier, qui a déjà déposé des marques de fabrique dès 1919 et en utilise de nombreuses (Paolo GIACOMELLI, G SANTORINO, STORINI, B TASSINI, ainsi que toutes les étiquettes de modèles les plus illustres), dépose le 30 décembre 1926 un brevet d’invention pour le violon modèle VIBROTYPE, qui deviendra le modèle VICTORIEUX, caractérisé par une voûte plate d’une ouie à l’autre, d’une sonorité puissante recherchée à l’époque, mais à coup sûr passée de mode aujourd’hui.
Le 8 janvier 1934, Charles Louis COLLIN-MEZIN s’éteint à Mirecourt des suites d’un accident de la route à Velotte.